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Fortune critique

 
 
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Ecrits personnels

 
 
 

Pierre Garel montre ses "Instants, etc." au Bond de la baleine à Bosse, un jeu recherché mais encore un peu indécis entre peinture et cartographie (...) L'échelle est une clé de ce travail, et de la cartographie elle-même ne l'oublions pas : "Quand une trace de jaune mesure aussi plusieurs dizaines de kilomètres, entre un escarpement et un point d'eau, il y a comme unehésitation, une responsabilité inédite qui s'empare de chaque geste du peintre" nous dit-il. Puiser dans la cartographie la force d'une peinture ni oublieuse d'elle-même, j'allais dire de sa joie personnelle, ni oublieuse de ce qui constitue son origine. Limites d'un art qui prétendrait à une totale "immunité picturale", mais aussi limites de modes de représentation scientifiques, eux-mêmes dépendants des points de vue, d'arbitraires, à commencer par ceux liés à la commande."

1994 - Jim PALETTE - La Croix du midi sur "Instants, etc."

 

"La mer d'Aral disparaît : folie des hommes ! Tout d'abord la couleur vit, un certain mystère envahit la toile, pèse une menace, préalable à une disparition, pesanteur. Pierre Garel, sensible au repli dramatique de cette mer, tente d'en dessiner les contours, limites fictives entre un désert qui s'étend et une mer qui voudrait vivre. Le territoire de Pierre Garel : un désarroi, le sentiment de distance avec toute chose."

1995 - Alexia GUGGEMOS - Ecole du Louvre, critique d'art, sur "Avant et après la Mer d'Aral" (pour la "Jeune Peinture", Espace Eiffel-Branly, Paris)

 

Du côté de Pierre garel, c'est le thème de la pollution qui se lie en filigrane dans ses oeuvres. Du métal, des déchets, du verre et des taches d'huile mélangées font de ses oeuvres des représentations d'un no man's land."

1997 - Agnés TREMOULET - La Dépêche du Midi,(sur l'exposition "et pourtant elle tourne, et vice versa", Espace Bonnefoy, Toulouse)

 

"Dans un monde où l'on est de plus en plus identifé par son véhicule, cette expo-conscientisation, qui est la première du genre à "Ouaga poubelle des au-revoir-la-France", invite à la méditation et à l'humilité. Violence contenue par la beauté esthétique de l'expression artistique, l'expo de Pytha et Pierre est une combinaison réussie de la formulation d'un désir personnel de révolte et une peinture juste d'une réalité actuelle de nos cités"

2004 - Ludovic KIBORA - l'Evenement - sur l'exposition "Nos mécanisations mentales" , avec Pytha Nikiéma)

 

"Né en 1966 en France, Pierre Garel est diplômé de l'école des Beaux-Arts de Toulouse. Depuis 1990, il participe à de nombreuses expositions à Marseille, Toulouse, Lille (où il a été l'un des fondateurs des ateliers de la « Malterie »), en Belgique, et a quelques scénographies à son actif. Il s'installe en 2001 au Burkina Faso, où il enseigne aussi les arts plastiques. Sestravaux récents ont été visibles à Accra, Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. Il a exposé dernièrement « Nos Mécanisations mentales » (CCF G. Méliès), encollaboration avec Pytha Nikiéma. Son travail mixte depeintures, photos et installations intègre souvent la cartographie, des objetset des papiers récupérés, articulés autour de champs chromatiques lumineux qui égarent le regard. Il traite ainsi du déplacement, de l'errance, de passages fugitifs dans des villes encore inconnues, de l'attente sous un soleil aveuglant- le jaune est sa couleur récurrente : énergie, chaleur et aussi fragilité, fugacité. Au Burkina Faso, de par ses rencontres, sa démarche s'est orientée sur le désir - et la difficulté ! - de partir et sur l'obsession du véhicule. Car ici, on voyage d'abord dans sa tête. Intrigué depuis longtemps par la fragmentation du visible des combine paintings de Robert Rauschenberg, l'art reste pour lui un lieu de méditation difficile, de recentrage et d'individuation : un sentier initiatique à défricher, avec le spectateur. « Je voudrais qu'on vive la peinture comme un territoire à découvrir et non comme langage à décortiquer », aime-t-il suggérer."

2004 - Mahé MAS - dans "Artistes plasticiens de Ouagadougou"

 

"Sans issue", un thème incisif qui traduit la difficile situation de l'émigration des africains vers cette Europe qui ferme les portes d'accés. Ce n'est pas pour rien si ce sont les écrits de Aminata Traoré qui ont inspiré Pierre Garel. Cette altermiondialiste malienne ne cesse de rappeler aux africains que le sursaut salvateur est possible que si et seulement si l'Afrique et ses dirigeants osent compter sur les propres forces du continent. Malgré l'expression différente d'une même réalité, le mélange est si bien réussi qu'il est difficile de deviner où commence Pierre et ou s'arrête Hyacinthe. Le problème de l'émigration est montré dans un style simple par deux peintres de culture différente qui maîtrisent leur sujet avec passion"

2007 - Ludovic KIBORA - l'Evenement - sur l'exposition Sans Issue, avec Hyacinthe Ouattara

 

"La palette de couleurs sombres est atténuée par le jaune qui illumine les pagnes et met un peu d'espoir dans la vie de ces femmes qui attendent l'hypothétique retour de ceux qui sont partis de l'autre côté. Sur des tableaux combinant peintures et photos apparaissent des têtes d'hommes coupées en deux dans le sens de la longitude. (...) L'éxilé n'est jamais un être entier, c'est toujours un mutilé, un être écartelé et déchiré entre la terre d'origine et la terre d'accueil, semble nous dire Garel"

2007 - Saidou Alceny BARRY - l'Observateur Paalga, (sur l'exposition Sans Issue , avec Hyacinthe Ouattara)

 

"Tout dans la composition, du pagne d'Adja à celui collé par l'artiste, en passant par les lames des persiennes évoque le morcellement, la répétition, la monotonie : croisillons des motifs autour des hanches de la jeune fille qui l'enserre tel un corset symbolique, croisillons des motifs du tissu teinté à l'acrylique où les pétales de fleurs deviennent minuscules cloisons démultipliées dans un kaléïdoscope implacable, zébrures verticales de la pluie qui sillonnent les surfaces et en gomment l'éclat. L'extrémité de la toile complètement noire se laisse lire comme l'anticipation du couperet qui condamnera définitivement toute espérance d'envol ou de départ"

2009 - Isabelle JOURDAN - à propos de "Adjaratou attend"

 

"Par sa démarche, Pierre Garel nous invite à re-considérer lesespaces et les hommes : son jaune lumineux présent dans toutes ses oeuvres raconte la terre-matière vivante, géographique et universelle. Ses surfaces monochromes peintes et installées comme des vues aériennes sont prêtes à accueillir les reflets du monde par un assemblage d'éléments les plus divers prélevés à la réalité du quotidien du Burkina Faso et du Mali. Ainsi, un pagne «circulation bloquée», des photographies travaillées par les inondations du 1er septembre 2009, des fourneaux, des puisettes, des lampes à pétrole... Il souligne par des signes cartographiques discrets et intermittents le déplacement fragile des hommes. Ses surfaces mettent ainsi en évidence la réalité fantoche des frontières et l'inégalité migratoire que Pierre Garel dénonce dans ses oeuvres récentes."

2009 - Sonia KEÏTA - pour l'exposition "Circulation difficile", Bla-Bla, Bamako

 

Pourquoi Yuum Piiga ? En 2001, Pierre Garel pose ses valises à Ouagadougou et pendant dix ans, le plasticien français installe sa peinture dans un « entre-deux » : la zone de rencontre entre le Toulousain qu'il est et le Ouagalais qu'il est devenu, un citoyen du monde qui fait son miel artistique de l'héritage pictural européen et de l'immersion dans le quotidien africain. En nommant cette Expo Yuum Piiga qui signifie dix ans en Mooré (langue nationale parlée par la majorité des Burkinabé), Pierre Garel pressent que l'on habite véritablement un pays qu'en habitant la langue. Mais comme il ne s'agit pas de se dissoudre dans l'Autre en renonçant à son identité, Piiga est aussi composé de la première syllabe de son prénom (Pi) et de son nom (Ga). Toute l'oeuvre de Garel est inscrite dans cette démarche d'assimilation de l'Autre sans être assimilé. Comme le Sankofa, cet oiseau mythique des Ashanti qui vole, corps et tête tournés vers l'arrière, l'artiste reste fidèle à l'art de ses origines européennes. Et puis, dans l'oeuvre de Pierre Garel, au-delà du visible, il y a de manière subliminale un lisible qui ne s'offre « au regardeur » que s'il prend le temps d'aller au-delà del'évidence.

L'oeuvre est une variation sur le même thème. Il y a une constante ou une obsession chez Pierre Garel, c'est le voyage, le déplacement, la trajectoire avec toutes les déclinaisons que le mouvement autorise ou favorise. Comme aller d'un lieu à un autre, d'un homme à un autre, d'un art à un autre. Il y a un refus de la fixité, le désir de s'installer dans le mouvement comme le danseur qui tourne, tourne, entraînant dans son vertige et le monde, et les éléments -

- Déplacements. Le thème du déplacement est central dans l'oeuvre de Garel. Partir, que ce soit par la pensée comme dans Lévitations (2008) avec des femmes assises dont les pensées comme des nuages voyagent au gré du vent, ou à travers l'émigration comme dans Où veux-tu que j'aille (2005) et dans Sans Issue (2007) où les rêves d'ailleurs virent au cauchemar. En outre le peintre s'intéresse à tous les moyens de locomotion comme le pied que Pierre Garel prend plaisir à dessiner sous toutes les formes et difformités, à la chaussure qui facilite la marche tout en emprisonnant le pied (René Magritte avait perçu cette ambivalence dans son tableau Le modèle rouge), aux pneus et chambres à air. Ces objets envahissent l'oeuvre de Garel.

- La rencontre de l'Autre. L'Autre est omniprésent dans le travail de Garel. Que ce soit dans Les 9 vies (2001) où carnet au bras, il dessinait les personnes qu'il rencontrait, où dans sa première expo au Burkina, Partir un peu (2002) faite des photographies d'hommes et de femmes fixant un horizon lointain ou encore dans Femmes qui attendent (2007) avec des femmes figées dans une attente qui les dissout dans le cadre, les modèles ne sont jamais des inconnues, ce sont toujours des personnages qui existent ou comptent dans la vie de l'artiste. Sa peinture est d'abord un travail sur l'amitié. Ni l'attitude du touriste voleur d'images ni celle du paparazzi voleur d'intimité, mais une démarche artistique fondée sur la connivence. D'ailleurs cette connivence se retrouve dans les multiples collaborations avec des artistes Burkinabé.

- Le jaune Garel. Le jaune est si présent dans sa peinture que l'on peut dire qu'il y a un jaune Garel. Elle illumine les toiles, ajoure les tons sombres, versant la lumière solaire du jour ou l'or mordoré du soir. Ce qui en fait un peintre solaire malgré ses thèmes assez graves. Pour l'artiste, le choix du jaune s'est imposé en France à un moment où il rêvait de voyage, de soleil et de sable mais par la suite, le jaune est devenu une compagne du peintre à cause de sa fragilité. En effet, il est si corruptible, il suffit d'une dose de bleu, de vert ou de toute autre couleur pour qu'il vire- le Jaune est fragile comme l'humain, instable comme le monde, fuyant comme la vie. L'unique fois où le jaune a été éclipsé par une autre couleur dans l'oeuvre de Garel, ce fut dans « Où veux-tu que j'aille », la série sur la peur du massacre et la fuite des Burkinabé en Côte d'Ivoire où la machette barrait les toiles. Le rouge s'est invité aux côtés du jaune et les toiles se sont colorées de sang. Quand la machette fait sa récolte de jambes et de bras, quand l'atroce éclabousse la toile, le jaune Garel se tient en retrait !

- Une palette pauvre. Vivant depuis une décennie dans le Ouagadougou des quartiers populeux et travaillant au Hangar 11, sis dans un quartier populaire, Pierre Garel côtoie souvent le manque et le peu. A l'instar des artistes nationaux qui travaillent dans des conditions difficiles et peignent avec des pigments locaux, Pierre Garel a appauvrit sa palette, intégré des matériaux accessibles et des objets trouvés. Mais ce que sa peinture perd en exubérance chromatique, elle le gagne en profondeur. Une sobriété artistique qui amène une richesse de signifiances. Mais attention ! La peinture de Pierre Garel, sous ses dehors rassurants et austères, est un art très subversif par ses sujets et surtout par le refus d'une peinture pure. Le fait d'organiser ses expositions dans les cabarets de dolo, ces agoras populaires où ne viennent jamais les riches Ouagalais confinés dans les quartiers résidentiels, encore moins les expatriés européens, acheteurs d'oeuvres d'art, participe d'un démarche séditieuse. Garel milite pour un art accessible aux couches les plus démunies, ceux à qui on dénie la capacité de sentir le beau.

- Un art ouvert à la vie. La peinture de Pierre Garel est un art hétéroclite, ouvert à la vie, aux objets. La peinture cohabite avec la photographie et le dessin, la sculpture, l'installation. Des objets usuels s'invitent sur le tableau : bouts de métaux, papiers journal, puisettes, morceaux de calebasses. L'art recycle les objets et leur donne une autre vie. La subversion ici consiste à bousculer le territoire de l'art et à contrecarrer les sectarismes artistiques. A mettre sur le même plan un morceau de ferraille et un portrait à l'huile, l'artiste rend impossible toute définition académique de la peinture. Par ailleurs, pour Pierre Garel, l'artiste est comme le voyageur, il doit être ouvert à tout et surtout à l'imprévu. Ainsi les inondations de 1er septembre 2010 ont altéré les oeuvres du poète. Mais philosophe, il fait de la catastrophe un continuateur de son travail. Aussi des oeuvres ayant baigné dans l'eau boueuse de l'inondation ont-elles été exposées sous le titre « Terminées par l'inondation ». Seule inquiétude ! Comment l'artistereversera au ciel sa part dans la vente de ces oeuvres co-créées ?

- Pour introduire. Bienvenue à Yuma Piiga : dix ans de recherche artistique autour du déplacement ; dix ans dans la vie d'un artiste en quête d'espace, de rencontres, d'imprévus. Entre l'oeuvre et la vie de Pierre Garel, il n' y a aucune frontière. La vie nourrit l'oeuvre, l'oeuvre oriente la vie. Garel pourrait dire comme Rauschenberg : « Je ne fais ni de l'art pour l'art, ni de l'art contre l'art. Je suis pour l'art, mais pour l'art qui n'a rien à voir avec l'art. L'art a tout à voir avec la vie. »

2011 - Saïdou Alceny BARRY, - "Yuum piiga" ou 10 ans de peinture du partir

 

Les 24 tableaux s'égrènent comme les heures d'une même journée, loin des bruits et de la foule du dehors, en marge en quelque sorte de l'Histoire- On ne peut s'empêcher de penser à l'atmosphère de<« La vie sur Terre », où Abderrhamane SISSAKO filmait le non évènement du passage du XXième au XXI ième siècle dans un village reculé du delta intérieur du fleuve Niger. Notre regard plonge dans l'univers d'une cour où chacun est photographié seul, de profil, ce qui, de ce fait, nous tient en retrait. >Cette série s'inscrit dans celle des classiques de Pierre Garel sur « l'Attente », et la technique artistique du plasticien - photo, collage, couleurs noir et jaune - nous est familière. On est d'emblée « saisi » par la cohérence et l'harmonie de l'ensemble et par la « présence » qui émanede chaque tableau : le travail de rythmes complices des lignes et celui des subtiles nuances de teintes, qui confèrent à chaque tableau son « âme » : ce sentiment de grande intimité, de grande proximité, de grande familiarité entre chaque personnage et son environnement, chacun habitant un peu l'autre.

2014 - Lucien HUMBERT - (pour l'exposition "Solitudes Collectives", Villa Yiri Suma, Ouagadougou)

 

Pierre Garel est installé depuis quatorze ans au Burkina Faso. L'Afrique est donc très présente dans sa performance à Kergoat, une scène de vie d'un Africain venu travailler en France et qui reconstitue autour de lui son univers natal. Une installation sobre et nostalgique, faite avec des matériaux récupérés et qui interpelle.

2014 - Télégramme de Lorient - 29 juillet 2014

 

(...) Il explore le site pour la mise en place de son projet. Prise en compte architecturale et contextuelle, recherche de ressources matérielles. Le hangar sera son lieu d'élection, un espace semi ouvert, protégé d'un toit. Il récupère également des matériaux provenant du tas de gravats, ou destinés à la déchetterie, emprunte d'autres objets ou outils, dont la totalité sera restituée, le nomade évite de trop alourdir son bagage. Ainsi, à la migration de l'ouvrier, fait écho une migration des objets prenant, par ce déplacement, un sens nouveau, questionnant le spectateur après avoir interpellé l'artiste. Un des points remarquables de ce travail est le côtoiement des objets provenant du Burkina et et ceux récupérés sur place. Si certains ont valeur d'emblème et revendiquent leur appartenance locale et culturelle, telle l'ardoise bretonne, ici en amiante, ou les gousses et graines africaines, le néré et le soumbala, tantôt ils apparaissent métissés, indistinctement. C'est que l'ensemble de ces éléments est régi par un parti-pris formel et chromatique, accentuant ainsi l'unité de l'ensemble. (...) Pour sa performance, Pierre Garel inventera le personnage de l'arpenteur. Le masque blafard, celui-ci évolue avec un mètre ruban, évidemment jaune et noir, qu'il déploie entre divers objets, entre le corps des spectateurs et l'architecture, affectant un grand soin pour effectuer ses mesures. Ce personnage, s'il continue assurément de donner quelques clefs sur la genèse de son projet artistique, où l'on a vu que tracés et mesures sont déterminants, semble à la fois comme enfermé dans une activité qui deviendrait une fin en soi. L'obsession répétitive prive l'homme de sa liberté et cette aliénation fait de lui un spectre. Accompagnant la performance de Cecilia, il a circulé de la maison au site de sa performance pour terminer, immobile, prostré ou pensif, assis, la tête entre ses mains.

2014 - Laurent BRUNET - "Pierre Garel, un art orienté", (sur l'atelier-exposition "En Chantier" Kergoat, juillet 2014 et les pièces "Sans perdre le Sud" et "L'arpenteur, la rencontre" )

 

« Vom Schmerz zur Farbe » (« De la douleur à la couleur ») est une exposition multimédia de Pierre Garel au KUNSTRAUM 226, qui permet une vue d'ensemble de la carrière artistique de l'artiste et ses points de référence et inspirations. Le concept de cette exposition est aussi expérimental que personnel. Les oeuvres exposées montrent des extraits de sa démarche artistique, comme la permanente récurrence des couches colorées jaunes et l'influence du travail « fluxus » et organique de l'artiste allemand Joseph Beuys et son idée de la guérison par l'art. En même temps, l'exposition peut être vue comme une récapitulation et guérison personnelle, par rapport à la mort de son père et la séparation de ses étudiants qui cherchent leurs propres trajets indépendants après l'école. D'une qualité et approche très riche, l'exposition s'approprie et transforme l'espace temporaire de palettes de bois dans tout son potentiel et invite les visiteurs à une vraie découverte artistique, intellectuelle et personnelle.

2017 - Carolin CHRISTGAU - préface du catalogue de l'exposition "Vom Schmerz zur Farbe" et article de Marica tomiak

 

L'organisation des éléments est régie par une nouvelle structure dont la symétrie est un des aspects majeurs. Le portrait central distribue, ordonne la composition spatiale, et suggère une circulation pour le visiteur. Plus surprenant, l'apparence d'un autel, comme un lieu sans doute pas dévotionnel, mais un hommage à- J'y pressens un nouveau rapport au vide, et au silence. Dans tes installations, et déjà dans tes peintures, le "vide" a toujours eu une place centrale, bien sentie, d'une justesse remarquable - C'est-à-dire de quelle façon le vide fut traité, abordé dans l'espace architectural, voire pictural des oeuvres religieuses. L'occident en est riche, les petites cellules de Fra Angelico, à San Miniato sont remarquables sur ce plan : un certain minimalisme, un dépouillement, qui loin de nuire au sujet en est le soubassement même. Le silence en est le signe majeur.

2017 - Laurent BRUNET - sur "Vom Schmerz zur Farbe"

 

Le jaune de Pierre va du citron au soleil, ça fait une grande amplitude d'expression et de saveurs. Encore que je ne sache pas vraiment quel goût a le soleil. Posé sur une carte, son jaune dessine un lac de sable, autrement dit, le désert, tout comme la neige avait fait de la Camargue le Japon de Vincent. Ainsi, la figuration, si elle n'est pas une abstraction n'en est pas moins une transformation de la perception du réel. Cette transformation est une tension vers le besoin de raconter. Non pas montrer ce qu'est le réel mais construire un récit à partir de la subjectivité d'un peintre. C'est pourquoi, et c'est tout le paradoxe, je n'ai eu nullement besoin de lire le très long texte censé éclairer le sens de cette série Alechinsky, accomplie en six jours, une manière de guerre éclair. Elle constitue en elle-même un récit long, complexe, contenant autant d'évidences que d'inévidences. Il n'échappera à personne que le système d'encadrement d'une page centrale par une bordure composée de petites pages est une manière de reliure d'un livre dont chaque page est en soi un livre. Cela demande du temps pour lire tout l'ouvrage. Or, du temps, la tortue en a !

2020 - Kiyé Simon LUANGKHOT - réalisateur, à propos de la série "En marge des tortues"

 

Je trouve que ces peintures hybrides reflètent justement la magie qu'est la Nature et ce qu'elle nous fait ressentir lorsqu'on se laisse porter dans une introspection de nous-même mais aussi du monde qui nous entoure. Les coups de pinceaux, les hachures, la superposition des photos et des formes sur les cartes de géographie font vibrer chacune des toiles d'une manière différente.Je pense aussi que l'agitation du monde actuel en cette pandémie a quand même influencer l'ambiance donnée dans ces toiles bien qu'elles aient été réalisé dans un cadre champêtre et paisible. Je ressens une ambiance assez sombre et incertaine comme notre quotidien qui a pu être bouleversé du jour au lendemain. Les toiles forment aussi une sorte de chaos organisé qui ensemble fonctionnent très bien pour raconter une histoire et piquer la curiosité et l'imagination du spectateur qui cherchera à reconnaître les différentes formes de la faune et de la flore et a embarquer dans un voyage de découverte aux alentours du manoir Hamerkop de Loumbila.

2020 - Leïlah SORY - à propos de la série "En marge des tortues"

 

Pierre Garel est photographe, professeur d'art et peintre contemporain franco-burkinabé. Depuis plus de vingt ans, il vit et travaille au Pays des hommes intègres. Dans cette oeuvre, présentée dans une collection d'une dizaine de tableaux datant des années 2000, l'artiste polyvalent fait un clin d'oeil, un zoom sur la douleur vécue pendant la crise politique ivoirienne de 2005. "Où veux-tu que j'aille n°7" 2005 : L'ensemble allie peinture, collage de photo et journal. C'est une composition en technique mixte qui présente en haut, une partie jaune surplombant une variation de couleur rouge, grise et blanche sur fond d'un journal placé à l'envers. En bas deux rectangles sécants divisent en deux le buste d'une femme au bras amputé. Une lumière qui vient de la gauche illumine le visage de cette femme.

La lumière apparait comme l'aspect le plus réussi du tableau. En fait, la lumière, le peintre en use comme une torche sur les ténèbres d'un peuple déchiré par la guerre. Comme un appel à la raison devant tant de souffrances dont les femmes sont les plus touchées, la lumière découvre une femme dont les traits de visage en disent long sur la douleur : un visage sans couleur, les yeux à moitié fermés comme une vie qui s'éteint, un visage sans regard véritable, un visage pale. La douleur, c'est aussi ce chaos de couleur sans harmonie qui frappe le spectateur à première vue ; un désordre total, illustratif de toute l'incompréhension des Hommes devant tant de haine et de violences. La douleur, c'est enfin ce bras coupé et ce rouge, le sang dont Garel a su tacher le tableau sur une grande partie. Une autre réussite de cette oeuvre est ce journal que le peintre a astucieusement inséré dans la composition. Un journal à l'envers dénonçant toute la presse corrompue qui a agit comme de l'huile sur le feu au lieu d'oeuvrer à l'éteindre tel que le veut sa mission.

Une oeuvre dont la contemporanéité n'a d'égale que son intemporalité quand on sait qu'au-delà de la R.C.I, c'est, aujourd'hui, presque toute l'Afrique de l'ouest qu'embrase, aujourd'hui, une autre crise sécuritaire, celle du sahel, devenu un véritable Afghanistan, avec des attaques meurtrières fréquentes qui nous endeuillent régulièrement au Nigéria, au Niger, au Burkina Faso, jusqu'en Côte d'ivoire (Grand Bassam, 13 mars 2016), une création d'une originalité, d'une esthétique et d'une expressivité qui, de loin, dépassent la moyenne. Comme l'a dit : François Mitterrand donc, « l'erreur n'annule jamais la valeur de l'oeuvre accomplie ».

2021 - Hamidou Idrissa MOUSSA - Médiateur culturel, Historien et critique d'art, ABA mag' sur "Où veux-tu que j'aille n°7"

 

NO GENDER, Ni plus, ni moins" Et vous, vous êtes qui ? vous êtes quoi ? Vous appartenez à quel camp ? Et pourquoi donc, vous ne portez pas le maillot ? Les couleurs, le drapeau et la carte avec la cotisation. Bon sang, vous allez répondre ? Il plane sur la scène un malaise profond. Les oiseaux ont cessé de chanter. Le baobab regarde de l'autre côté. Le 10 octobre dernier, à l'ouverture de la BISO off, Francky Belany, Pierre Garel et Sam Dol ont répondu qu'ils étaient tout et rien, c'est-à-dire qu'ils étaient des humains et que ça devait suffire. Francky est comédienne, Sam Dol et Pierre Garel, plasticiens-peintres. Ils ont monté la performance "No gender" dans ce but. Le refus de l'étiquette, du prix imposé, de l'appellation contrôlée. "No gender", n'a pas de genre (comme son nom l'indique), il n'a pas à décliner de possession et d'appartenance, il est libre d'être selon son humeur. Homme ? Femme ? Les deux en même temps ? Ni l'un, ni l'autre ? Oiseau ? Tambour ? Pierre rigole. Le fait d'être un homme ne lui semble en rien quelque chose de glorieux. « Le pouvoir d'une clique, d'un mode opératoire qui minimise la différence, considère la femme comme secondaire, l'infantilise, la violente, la marginalise » Stop ! S'ils ont chacun leurs raisons propres, Sam, Francky et Garel montent alors cette pièce acide et jubilatoire comme un appel au bon sens. C'est un hymne au refus et en même temps à la vie. Francky est militante LGTB ? Son discours est certainement plus politique et la performance lui donne aussi un propos frontal- très révélateur des réactions du public. Garel partage pleinement cet avis, en remerciant toutes les sensibilités d'assister à ce décrochement des certitudes. « Pour un plasticien, l'envie de perf, c'est le désir de se faire plus facilement comprendre. Donc on peut parler plus loin » poursuit-il en remerciant ceux qui sont venus, qui ont écouté, ceux qui ont fait la sourde oreille et ceux qui l'ont insulté copieusement. Pendant ce temps, immuable, bonze sonore et « Houellebecquien », Sam tire des notes profondes (et jaunes) de son xylophone.

2021 - Roger CALME - ZO Mag', octobre, sur "No Gender"